18e ÉDITION NOVEMBRE 2017Organisé par
Images en bibliothèques

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Focus sur La Grande Guerre

1914-2014 : l’effet de miroir des deux dates, conjugué à l’importance de l’événement, a fait de la célébration de la Grande Guerre un événement où une profusion de propositions interactives ont vu le jour, et ce par plusieurs biais.
De manière presque "mécanique" d’une part, avec la programmation par les chaines de télévision de documentaires, docu-fictions ou autres séries de portraits qui ont été pensés conjointement avec des accompagnements web. Les partenaires institutionnels ensuite, comme la Mission Centenaire ou l’ECPAD (Etablissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense), ont également soutenu plusieurs initiatives. Au-delà de leur mission pédagogique, leur apport a aussi permis de financer des œuvres pensées pour les nouveaux médias. Les producteurs enfin, porteurs parfois audacieux de propositions singulières, que le CNC et certaines régions ont soutenues. Nous proposons ici cinq éclairages sur des programmes ayant envisagé le traitement documentaire de la Grande Guerre par des angles radicalement différents. A eux cinq, ils représentent la diversité des narrations, mais aussi des propositions d’immersion offertes aux webspectateurs autour de l’événement.

Ainsi, 1914, dernières nouvelles prend-il pour choix de faire revivre la montée en guerre, et les sept mois qui ont annoncé le début de la catastrophe, du 1er janvier 1914 au 31 juillet, date de l’assassinat de Jaurès. Un siècle plus tard, une archive (une photo) était mise en ligne chaque jour sur le site, comme autant de pièces à verser au dossier de la guerre. La photographie comme vecteur unifié d’un monde à voir avec le recul du siècle, à mi-chemin entre la fascination et l’Histoire : attachés à elle, les compléments texte viennent donner du corps aux nombreuses entrées qui expliquent le contexte d’avant-guerre (les rapports internationaux, les tensions internes, la question sociale, etc.). Le résultat procure une sensation d’accumulation et d’inéluctabilité, sans parier sur les grondements du conflit pour attirer l’internaute. Un pari de la mise en ligne progressive et du minimalisme qui a convaincu le FIPA : le festival de télévision de Biarritz a décerné au programme le SmartFIPA en début d’année.

A l’inverse, Apocalypse, 10 destins fait le pari d’un récit incarné par 10 personnages qui se sont retrouvés dans les affres de la guerre et qui vont se croiser, grâce ou à cause des déplacements, des rencontres ou des événements générés par le conflit. Portés principalement par l’animation, les histoires intègrent aussi des images d’archives, ainsi utilisées comme témoins de moments particuliers. Elles symbolisent la vision romancée de l’Histoire, dans sa dimension spectaculairement dramatique, reprenant ainsi les codes de la série télévisée qu’elle accompagne.

Parmi les projets portés par Radio France, la diversité reflète celle des différentes antennes du groupe. Principalement axées sur un travail d’accompagnement d’antennes qui mettent bien sûr le son en avant, les propositions se veulent minimalistes et sans commune mesure avec les moyens narratifs de l’image animée. Ainsi le travail chronologique de France Info (avec France Info y était), qui retrace pas à pas l’histoire de la guerre, part sur les mêmes principes que 1914, dernières nouvelles. Le projet photographique de Léon Guimpel et sa Guerre des gosses s’appuie sur la singularité de la petite histoire dans la grande. Et les lettres échangées par les grands-parents du metteur en scène, Michel Jacquelin, donnent, sur France Culture, une autre lecture, plus distanciée et poétique à la guerre, cette fois vue comme un arrière-fond envahissant.

Générations 14 explore de son côté la pure interaction que seul le web permet. Conçu comme une plateforme avant d’être un lieu de visionnage des films (même si ceux-ci explorent des dimensions particulières : les marraines de guerre, le destin d’une actrice sur le front...), le programme possède, de tous les projets produits, la plus grande "expérience utilisateur" et la lucarne la plus proche de l’intimité de chaque internaute. En entrant son nom sur le site, le webspectateur devenu, le temps d’une requête, web-enquêteur de son propre passé va pouvoir découvrir des informations sur ces ancêtres, si ceux-ci sont répertoriés dans les fichiers de l’armée comme ayant participé à la guerre. Basé sur une grande collecte documentaire faisant la part belle aux archives amateur, le site propose ainsi une autre lecture, non savante, du conflit. L’angle émotionnel est la porte d’entrée vers le récit, se plaçant ainsi dans le sillage de projets interactifs et collaboratifs parmi les plus innovants du moment.

Enfin, 1914-1918 / La Grande Guerre à travers les arts indique dès son titre la manière dont la Grande Guerre est traitée : par l’intermédiaire des représentations artistiques qui n’ont pas cessé de s’exprimer durant le conflit. De la peinture ou de la littérature, arts nobles, à l’iconographie des réclames ou autres gravures de journaux, le webdocumentaire revisite les grands thèmes de la guerre (la blessure, l’autre et l’ennemi, les tranchées...) par l’intermédiaire de ceux, artistes ou écrivains, qui les ont côtoyés. Développée par la société Talweg et conçu avec la collaboration de l’agence web Cellules, l’interface présente des modules chapitrés que l’internaute peut visionner d’une traite ou par morceaux. L’interactivité minimale sert principalement à déambuler parmi les différentes traces laissées par les artistes acteurs du conflit.

En prime, un dernier projet verra le jour au début du mois de novembre. Porté par l’ONF et diffusé en Europe par Arte, Le photographe inconnu, produit par la structure canadienne Turbulent joue la carte de l’interactivité tactile. L’internaute est convié à plonger à l’intérieur même de photos récupérées dans un fonds d’image amateur dont la provenance reste longtemps mystérieuse. Grâce à la déambulation dans ces œuvres, en explorant les possibilités du zoom, non plus dans une interface mais au sein même d’une œuvre (ici, une photographie), c’est une forme, sensitive, d’approche du réel qui est privilégiée sur le didactisme.

Nicolas Bole